Regards sur l’architecture rurale française
Représenter les techniques et les matériaux dans le chantier 1425 du Musée national des arts et traditions populaires (1941-1948)

2026-02-02T14:13:32Z
Direction de thèse : Catherine Maumi
Discipline : Sciences humaines et humanités nouvelles spécialité Architecture, Urbanisme et Environnement
Année d’inscription : 2024
Université, école doctorale : CNAM, École doctoral Abbé Grégoire
Financeurs : thèse sous contrat doctoral du ministère de la Culture

De nombreux architectes contemporains cherchent à répondre aux enjeux écologiques actuels en puisant dans l’histoire de la construction. En convoquant à la fois l’étude de techniques dite traditionnelles mais aussi l’usage de matériaux locaux, ces professionnels cherchent à « simplifier » une pratique de l’architecture transformée par l’industrialisation et les normes. Ils se tournent notamment vers les matériaux dit bio et géo-sourcés afin de réduire l’impact carbone des bâtiments tout en regardant vers les techniques traditionnelles lorsque leur prescription peut être réalisées dans les limites des cadres réglementaires actuels. Ces démarches esquissent un renouveau pour le bâti ancien et le patrimoine rural, pour des questions liées aux ressources, à l’utilité sociale et politique de ces techniques au regard des crises, quelles soient environnementales ou économiques. L’architecture rurale française est ainsi considérée comme un vaste catalogue de références pour concevoir et construire. Pourtant l’intérêt qu’elle suscite n’est pas nou- veau : en effet, entre 1941 et 1947, le Musée National des Arts et Traditions Populaires (MNATP) mène sous la direction de Georges-Henri Rivière la première enquête sur l’architecture rurale (EAR 1), connue également sous le nom de chantier intellectuel 1425. Réalisée par des architectes, avec les outils du relevé sur site, de la photographie puis la restitution par l’intermédiaire de monographies de bâtiments, cette enquête de terrain mobilise plus d’une soixantaine d’enquêteurs arpentant le territoire afin de définir les types caractéristiques des maisons rurales françaises spécifiques à chaque département. Répondant à ses débuts aux politiques du régime de Vichy, à la volonté de soustraire les architectes au chômage et au Service du travail obligatoire en pleine Seconde Guerre mondiale, mais aussi poursuivant l’objectif de trouver des solutions constructives quant à la reconstruction après-guerre, le Chantier 1425 a surtout permis d’effectuer l’un des premiers inventaires du patrimoine rural français. Placée sous le triple héritage des études folkloriques, de la géographie humaine et de l’école des Annales, elle constitue l’une des premières grandes recherches scientifiques de l’ethnologie. Ce sont plus de 15000 dessins, 1800 monographies de bâtiments, des milliers de photographies et de nombreux carnets de route qui sont produits en six ans. Avec cette thèse nous proposons d’explorer l’histoire de l’EAR 1 en la replaçant dans son contexte historique, politique et culturel. Notre analyse portera sur les représentations des techniques constructives et des matériaux en étudiant le regard posé sur les architectures rurales en faisant l’hypothèse que l’en- quête développe trois niveaux d’observation : l’œil de l’État, l’œil de l’institution, et l’œil de l’enquêteur. Ainsi nous nous intéresserons au regard savant porté par les enquêteurs sur les techniques traditionnelles et les matériaux, ainsi qu’à la façon dont ces représentations s’affirment comme le témoignage d’un contexte politique, culturel et social en plein bouleversement. Nous ferons appel aux apports de disciplines telles que l’histoire des techniques, l’histoire des représentations, ou l’histoire sociale afin de rendre compte de la complexité de la première enquête sur l’architecture rurale et pour comprendre comment s’est inventée une certaine représentation de l’architecture rurale tout au long du déroulé de l’enquête.