Les matériaux de construction entre enjeux économiques et pédagogies des techniques en France de 1932 à 1968 : mobiles et transferts

2026-03-17T10:58:41Z
Directeur de thèse : Antonio Brucculeri
Discipline : Histoire de l’architecture
Année d’inscription : 2024
Université, école doctorale : CNAM
Liens Theses.fr : https://theses.fr/s376933

Pour répondre aux enjeux écologiques actuels, l’utilisation de matériaux durables dits « biosourcés/géosourcés » vise à enrayer le triomphe du béton armé qui s’est généralisé, en France, dans l’après Seconde Guerre mondiale. Depuis une dizaine d’années, les écoles d’architecture se mobilisent pour adapter leur pédagogie et favoriser leur ouverture aux pratiques alternatives. Notre sujet concerne les relations qu’entretiennent les filières des matériaux de construction avec les écoles d’architecture. Les porosités entre monde économique et institutions publiques sont rarement neutres et oscillent entre stratégies commerciales, intérêts pédagogiques, développements culturels, socio-économiques et politiques. A cet égard, les réformes successives de l’enseignement, le développement des disciplines constructives ainsi que l’évolution des priorités économiques des acteurs privés, ont joué un rôle décisif dans la transformation des rapports entre les deux sphères. Si les préoccupations écologiques du XXIe siècle conduisent à un réexamen des matériaux utilisés dans le secteur de la construction, la conjoncture de l’après-guerre a été un facteur de standardisation des techniques constructives. Dans le cadre de cette thèse, nous proposons de comprendre comment les transferts du monde de l’entreprise aux pratiques pédagogiques ont pu influencer la formation technique des architectes par la valorisation de l’usage de certains matériaux, dans la période qui précède Mai 1968. À ce jour, aucune recherche n’a analysé ces échanges, qui, pourtant, donnent un éclairage sur un débat d’actualité sur la nécessité de renforcer le rapprochement entre pédagogie des matériaux et milieux professionnels. Créées en 1932 à l’ENSBA, les « conférences techniques » nous offrent un objet d’étude précieux pour l’analyse de ces rapports, puisqu’elles illustrent la pénétration du monde économique dans l’enseignement dans un temps long, faisant intervenir des professionnels sur des sujets techniques, en parallèle et en complément des cours de construction. En s’appuyant sur un travail archivistique et sur une enquête de terrain qui s’intéresse à une sélection de conférenciers intervenant sur les matériaux de construction, cette recherche se situe à l’intersection de l’histoire de la construction et de l’histoire de l’enseignement de l’architecture en France.