Séminaire de Master « Critique et histoires de l’architecture. Généalogies de l’agir architectural »

2026-02-12T08:12:36Z
Enseignant(s) : Pierre Chabard, Sophie Descat, Marilena Kourniati

Objectifs pédagogiques

Les débats environnementaux et sociaux qui nourrissent aujourd’hui la pratique de l’architecture nécessitent de réfléchir autrement. Le séminaire « Critique et histoires de l’architecture. Généalogies de l’agir architectural », co-dirigé par Pierre Chabard, Sophie Descat et Marilena Kourniati, constitue le cadre collectif et inclusif pour approfondir les problématiques émergentes et renouveler les connaissances en mobilisant les outils de l’histoire, discipline que Manfredo Tafuri voyait déjà, en son temps, comme « une perpétuelle contestation du présent [1] ».

Organisation

Le séminaire a lieu les mardis et se poursuit durant trois semestres de Master. Plusieurs types de séances animent la vie du séminaire : des cours qui nourrissent les thématiques, des conférences d’intervenants extérieurs sur des points particuliers, des visites « hors les murs » liées aux problématiques soulevées, un atelier de lecture collective ainsi que des séances régulières de suivi des mémoires.

Axes

Les axes de réflexion du séminaire visent à contribuer à une histoire critique du monde contemporain. Le premier de ces enjeux est la montée de l’impératif écologique qui engage le monde de l’architecture à se transformer et les architectes à repenser leur rôle, leurs pratiques professionnelles et les modes de production de l’environnement construit. Le secteur du bâtiment pèse pour près de la moitié des émissions annuelles mondiales de CO2, si l’on considère l’ensemble de la chaîne productive, de l’extraction des matières premières à la maintenance des bâtiments sur le temps long, voire à leur déconstruction.
Face à ce constat, certains auteurs appellent à une réduction drastique, voire à un « moratoire [2] » pur et simple, des nouvelles constructions. Plutôt que la mort de l’architecture, Pierre Caye y voit au contraire sa renaissance. L’entretien, la réparation et la transformation perpétuelle des bâtiments déjà construits – le « patrimoine », au sens élargi – peut, selon lui, constituer un modèle productif alternatif au capitalisme néolibéral ; un modèle productif plus intensif qu’extensif, où les compétences théoriques et pratiques de l’architecte redeviennent centrales : « Il appartient à l’architecture de désarmer cette mobilisation globale et machinique à l’origine de l’usure du monde, en lui substituant sa propre mobilité, apaisée et sereine [3]. »

Questionner le projet
Ces enjeux cruciaux remettent en question, les uns après les autres, certains fondements de la discipline. C’est d’abord la figure de l’architecte libéral qu’il s’agit de redéfinir à l’aune du renouvellement des pratiques et des savoirs mais également des revendications émanant des minorités sociales, culturelles et sexuelles. C’est aussi l’esthétique de l’architecture qu’il faut départir de la tyrannie de la mode et de la nouveauté afin de la rendre plus inclusive, hybride, composite, tournée vers « l’agentivité [4] » plutôt que la forme, la maintenance plutôt que la performance, la durée plutôt que l’espace.
C’est encore le primat de la notion de « projet » dont l’anthropologue Tim Ingold a bien montré l’enracinement problématique dans la modernité occidentale, dominatrice, verticale et extractive. Contre celle-ci, il invite à penser autrement l’articulation entre le « penser », le « dire » et le « faire » de l’architecture : « Faire consiste alors en un processus de mise en correspondance : non pas imposer une forme préconçue à une substance matérielle brute, mais dessiner ou délivrer les potentialités immanentes d’un monde en devenir. [5] »

Élaborer une histoire critique du présent
Pour saisir pleinement les potentialités de ces nouveaux enjeux, il est crucial d’en remonter les généalogies, de suivre la manière dont la pensée postmoderne du second XXe siècle les a travaillés en amont et surtout de documenter, avec les outils de l’histoire, les épisodes souvent minoritaires qui, dans le champ de l’architecture ont préfiguré et préparé leur émergence actuelle. Justement, pendant au moins ses deux premières décennies, l’École d’architecture de Paris-la Villette (ex-UP6), fondée en janvier 1969, fut le foyer effervescent, militant et expérimental d’une pédagogie ayant pour mission de former « des praticiens réflexifs, des intellectuels critiques et des architectes citoyens », prenant en compte tour à tour les territoires non-occidentaux (Jean-Paul Flamand) et non-métropolitains (Norbert Chautard), les utopies altermondialistes (Gustave Massiah), la participation des habitants (Jean-Pierre Lefèvre), les droits des minorités homosexuelles (Roland Castro), les recherches d’alternatives constructives (David-Georges Emmerich) ou énergétiques (Georges et Jeanne-Marie Alexandroff).
À l’heure où ces questions, autrefois marginales, deviennent centrales, il est urgent d’étudier minutieusement ces épisodes pour être en mesure d’écrire les suivants. Nous sommes convaincus que les écoles constituent les lieux privilégiés pour initier et expérimenter de nouvelles approches de la pratique architecturale et du mode de production des environnements habités, afin de refonder l’architecture et de redessiner son rôle social, politique et environnemental.

Thématiques

Les thématiques développées ces dernières années sont :

  • Les formes alternatives de l’agir architectural : les collectifs pluridisciplinaires (Isaac Naffer 2023, Violette Syrot 2022, Mathilde Rouselle 2025), les architectes makers (Juliette Montfrond 2022, Camille Sauze 2022, Manon Luchel 2026), les architectes-éditeurs (Filiz Keysan 2022, Maud Yvon 2022), l’agence comme entreprise (Romain David 2018, Quentin Cornut 2026), les pratiques hors normes (Marguerite Spierenburg 2024).
  • L’histoire de l’enseignement de l’architecture : Clara Garcia 2021, Juliette Pihan 2019, Auriane Bernard-Guelle 2017, Simon Baudry 2018, Sophie Galarneau 2017, Guilhem Richet 2025, Hélène Gendarme 2024.
  • Cultures et expérimentations constructives : Émile Drillaud 2023, Raphaël Merlet 2023, Tanguy Quilliard 2025, Hugo Galopin 2023.
  • L’espace architectural au prisme des études de genre : Lois Paulin 2021, Martina Silvi 2016, Anabelle Valenzuela 2026.
  • L’architecture et la condition postmoderne : Tom Bardout 2023, Zoé Frommer 2023, Laura Nguyen 2022, Jade Baudouin 2018, Ivana Mardesic 2016, Yukio Chapuis 2024, Nicolas Him 2026.
  • Architecture et politique : Mustafa Kridly 2022, Lucie Doligez 2022, Vsevolod Zarichnyi 2020, Jules Armbruster 2020, Aurélie Reuther 2017, Maud Le Fur 2025, Kasra Sadaghiani 2026.
  • Les logiques de la consécration et du starsystem architectural : Siyang Guo 2018, Julia Piasco 2017, Huimin Yang 2026.
  • Le travail de la référence, l’interarchitecturalité dans la conception architecturale : Lancelot De Roucy 2022, Léo Figuet 2021, Elisa Nicolazik 2020, Nina Balliot 2018, Vincent Fourel 2018, Andréa Wambre 2026.

Mémoires primés, articulés avec un PFE mention recherche et poursuivis en doctorat

De nombreux mémoires réalisés dans le séminaire ont obtenu des prix et/ou fait l’objet d’un PFE mention recherche ; certains ont été poursuivis par une thèse de doctorat, en France et à l’international.

Prix du mémoire de la Maison de l’architecture d’Île de France

  • Reuther, Aurélie, Architecture et Vergangenheitsbewaltigung : l’architecture muette d’une mémoire conflictuelle, 2017.
  • Bernard-Guelle, Gabriel, L’Enseignement de David-Georges Emmerich dans les écoles d’architecture : rayonnement et isolement, 2017.
  • Balliot, Nina, D’avant-garde à néo-avant-garde. La réactualisation du constructivisme russe par les architectes de l’AA, 2018.
  • Figuet, Léo, Radical Revival : références plurielles à l’architecture radicale depuis 1996, 2021.
  • Galopin, Hugo, La Nature de la machine. L’espace de l’automobile chez les architectes organiques français, 1962-1990, 2022.
  • Richard, Jade, Concrètement socialiste. L’architecture édifiée en Yougoslavie au prisme de ses médiations contemporaines dépolitisantes, 2024.

Prix Rémi Butler

  • David, Romain, OMA born again, 2018.

Mémoires ayant obtenu la mention recherche (PFE)

  • Besson, Elsa, La prison écrite : fabrication de l’espace carcéral dans les discours juridiques et architecturaux du milieu du XVIIIe au milieu du XIXe siècle, 2013.
  • El Kaddioui, Hakima, Le retour de l’ornement aura-t-il lieu ?, 2013.
  • Giordano, Élise, La cabane, refuge médiatisé de la crise. Dans le discours des collectifs Exyzt et Cabanon Vertical, 2013.
  • Mardesic, Ivana, Emergence et réception de l’architecture postmoderne. Le cas de Ricardo Bofill, 2016.
  • Silvi, Martina, Histoire et géographie de la question du genre : dans le débat architectural italien depuis les années 1990, 2016.
  • Reuther, Aurélie, Architecture et Vergangenheitsbewaltigung : l’architecture muette d’une mémoire conflictuelle, 2017.
  • Balliot, Nina, D’avant-garde à néo-avant-garde. La réactualisation du constructivisme russe par les architectes de l’AA, 2018.
  • Baudry, Simon, Rattacher l’enseignement de l’architecture à l’université. Échec et métamorphoses d’une revendication (1962-1977), 2018.
  • Beaudouin, Jade, Vue d’ensemble 1978-2018. 40 années de débat autour des Espaces d’Abraxas de Ricardo Bofill, 2018.
  • Bernard-Guelle, Gabriel, L’Enseignement de David-Georges Emmerich dans les écoles d’architecture : rayonnement et isolement, 2017.
  • Ducrocq, Marie-Anne, La stratégie du silence : réception de la reconstruction de l’église Saint-Elie au Liban, 2018.
  • Betting, Hugo, L’avoir lieu d’une utopie. Histoire critique de l’anneau mobile, 2018.
  • David, Romain, OMA born again, 2018.
  • Richard, Perrine, Le verre est dans la pomme : l’usage du verre structurel chez Apple, 2001-2017, 2019.
  • Burq, Benjamin, Hôtels industriels parisiens. Les multiples vies d’un programme manifeste, 2021.
  • Figuet, Léo, Radical Revival : références plurielles à l’architecture radicale depuis 1996, 2021.
  • Galopin, Hugo, La nature de la machine. L’espace de l’automobile chez les architectes organiques français 1962-1990, 2023.
  • Levy, Oscar, Beside the White Cube. Les « salles-œuvres » de Carlo Scarpa, 2023.
  • Tomi, Zoé, L’île sanctuaire. Le paysage de la mort en Corse comme moyen de résistance culturelle (1952-2022) ?, 2023.
  • Chapuis, Yukio, La présence des absents. Réception postmoderne de l’architecture japonaise (1976-1986), 2024.
  • Frommer, Zoé, Paper Cities. Les villes manifestes de Rem Koolhaas et Aldo Rossi, 2024.
  • Gendarme, Hélène, L’immersion comme stratégie pédagogique. Le cas de l’antenne d’UP6 dans les Cévennes, 1971-1986, 2024.
  • Richard, Jade, Concrètement socialiste. L’architecture édifiée en Yougoslavie au prisme de ses médiations contemporaines dépolitisantes, 2024.
  • Berry, Baptiste, L’architecture organisationnelle. L’atelier pluridisciplinaire de l’AUA, 1960-1970, 2025.
  • Faeron, Justine, Lieu d’une mémoire déchirée. La prison de Long Kesh/The Maze au prisme du conflit nord-irlandais, 1971-2024, 2025.
  • Le Fur, Maud, Un arlequin de fragments, les lieux de mémoire juive à Buenos Aires, 1992-2024, 2025.
  • Spierenburg, Marguerite, Else is more : agentivité de l’architecte dans les concours publics restreints, 2025.

Mémoires prolongés par un doctorat

  • Besson, Elsa, La prison écrite : fabrication de l’espace carcéral dans les discours juridiques et architecturaux du milieu du XVIIIe au milieu du XIXe siècle, 2013.
  • El Kaddioui, Hakima, Le retour de l’ornement aura-t-il lieu ?, 2013.
  • Bourouiba, Lyna, Thématisation de l’architecture résidentielle en Chine, origine et développement, 2015.
  • Feldman, Deborah, L’intimité mercantilisée, 2016.
  • Bernard-Guelle, Gabriel, L’Enseignement de David-Georges Emmerich dans les écoles d’architecture : rayonnement et isolement, 2018.
  • Ducrocq, Marie-Anne, La stratégie du silence : réception de la reconstruction de l’église Saint-Elie au Liban, 2018.
  • Betting, Hugo, L’avoir lieu d’une utopie. Histoire critique de l’anneau mobile, 2018.
  • David, Romain, OMA born again, 2018.
  • Figuet, Léon, Radical Revival : références plurielles à l’architecture radicale depuis 1996, 2021.

[1Manfredo Tafuri, Théories et Histoire de l’Architecture, Paris : éditions S.A.D.G., 1976 (1968), p.307.

[2Charlotte Malterre-Barthes (textes), Zosia Dzierzawska (dessins), « A Global Moratorium on New Construction », The Architectural Review, 2021, p. 36-40.

[3Pierre Caye, « Le plus moderne des anciens, le plus anciens des modernes », in Arnoldo Rivkin, Avec Alberti. Considérations intempestives sur l’architecture, Paris, Éditions de la Villette, 2023.

[4Traduction de agency, l’agentivité est une notion anglo-saxonne introduite en architecture par Jeremy Till pour désigner ce que « fait » l’architecture (cf. Jeremy Till, Nishat Awan et Tatjana Schneider, dans : Spatial Agency : Other Ways of Doing Architecture, Londres, Routledge, 2011).

[5Tim Ingold, Faire, Anthropologie, Archéologie, Art et Architecture, Paris, Dehors, 2017, p.79.